extrait d'une nouvelle Le couvent FERRAND Thierry (cherche éditeur)

extrait d'une nouvelle  Le couvent  FERRAND Thierry (cherche éditeur)
J'espère que cet extrait vous plaira, il fera parti d'un receuil qui comportera 8 nouvelles

Le couvent l'intégral de la nouvelle sur le site " Bonnes Nouvelles"

La vie nous réserve parfois des surprises. L'histoire que je vais vous raconter est authentique, bien que paraissant irréelle. Tout commence un beau matin de juillet, il y a quelques années, pour être plus précis le deux juillet 1996. Je faisais alors mes études d'ingénieur à Paris. Le matin j'aimais flâner dans le vieux Paris, plus principalement aux alentours de Notre Dame. Ce matin-là le ciel était limpide dès 9 h. Par beau temps les peintres sortent leur chevalet, et il n'est pas rare qu'une dizaine d'entre eux peignent Notre-Dame. Tout de suite mon attention fut attirée par une jolie silhouette, une jeune fille brune d'une vingtaine d'années. Comme attiré par je ne sais quelle force, je me dirigeai vers elle, lui disant quelques mots, une phrase banale.
-La journée va être belle, beau temps pour peindre.
Elle me regarda de ses grands yeux marron et me sourit, et à ce moment-là, je me sentis troublé par cette merveilleuse apparition, mon c½ur battait la chamade. Ce jour-là j'eus toutes les audaces : étant d'un naturel plus que timide j'osai l'aborder, elle me répondit qu'elle poursuivait des études d'art contemporain. Puis quelques minutes passèrent, quand tout à coup me vint l'idée de l'inviter au restaurant, moi si timide d'habitude ! Inviter une inconnue, cela ne fut pas sans mal, et je dus passer par tous les états de la pâleur d'un linge blanc à la rougeur d'une tomate, me rendant on ne peut plus ridicule. Sa réponse fut aussi inattendue que ma question, ma grande timidité y était pour beaucoup, elle avait trouvé ça touchant.
- Oui
Donc le rendez-vous était pris le soir même à vingt heures, dans un petit restaurant Italien près de Notre Dame, Chez Nino.
L'attente du soir me sembla une éternité, il arriva enfin comme tout doit arriver. Je fus le premier sur les lieux 30 mm avant le rendez-vous, je me sentais anxieux, mal dans ma peau, je n'étais pas du genre à inviter une inconnue, mais ce fut plus fort que moi, un peu comme si je voulais retenir un rêve pour éviter qu'il ne m'échappe. Vingt heures sonnaient à la vieille horloge du restaurant et toujours personne. Le barman me regardait comme s'il avait compris en secouant la tête avec un sourire narquois. Puis l'horloge sonna une seconde fois, il était 20h 30 mais toujours rien : s'était-elle joué de moi, avait-elle eu un fâcheux contretemps ? Je me morfondais lorsqu'elle apparut, plus belle que jamais. Je me souviendrai jusqu'à mon dernier jour de cette apparition. Elle était vêtue ce soir-là d'une longue jupe à fleurs façon gitane contrastant avec un chemisier de satin blanc, portant à chaque extrémité de son col deux petits dauphins en argent sertis de deux pierres bleues faisant office d'yeux, mais avant tout le plus sublime en elle était son sourire. Elle aurait pu poser pour Modigliani. Il n'y avait aucun doute, elle était plus que jolie, elle était belle. Elle était différente des autres filles que je connaissais, ou plutôt je posais un regard différent sur elle, qui me laissait entrevoir sa grande générosité et ses qualités de c½ur ; nos différences se ressemblaient.
Au bout de quelques minutes je sus son prénom, Marie-Agnès, et elle sut le mien, Pierre. Elle riait de toutes mes plaisanteries, moi qui n'étais pas au naturel un comique patenté. Puis minuit sonna, elle prit son sac, et disparut comme par enchantement, telle une Cendrillon des temps modernes. Ce soir-là je n'eus pas droit à une chaussure de verre mais à une petite feuille de carnet pliée en quatre où figurait son numéro de portable.
Ensuite il n'y eut pas un soir où l'on ne se vit pas, puis une année passa, je réussis avec brio mon diplôme d'ingénieur en informatique. Elle, de son côté, eut son diplôme de professeur d'art plastique. Le jour tant attendu arriva, le jour où elle devait me présenter à ses parents, des bourgeois de Dijon disait Marie-Agnès en parlant d'eux. Son père avait fait fortune dans la conserve, plus précisément dans la moutarde, LA MOUTARDE SAUNIER, la moutarde qui accompagne tous vos mets.
Sur la route qui nous conduisait de Paris à Dijon, Marie-Agnès ne tenait plus en place, elle se comportait comme une enfant qui part en vacances à la mer, elle était fière de présenter l'élu de son c½ur à ses parents. A quelques kilomètres de Dijon Marie-Agnès me dirigea sur des petits routes de campagne, puis nous franchîmes une gigantesque entrée en fer forgé : la maison des parents de Marie-Agnès n'avait rien d'une petite masure, elle avait autant de fenêtres que de jours dans l'année. Les parents de Marie-Agnès nous attendaient sur le perron. Son père n'avait pas la prestance d'un grand PDG, il me faisait penser à un ouvrier agricole que mes parents avaient pour ami. Pour ce qui est de sa mère, elle incarnait très bien la gauche caviar, juste ce qu'il faut de classe mais pas trop, je reconnaissais même en elle des mimiques et des attitudes de sa fille. La journée fut agréable, les parents de Marie-Agnès, bien que très riches, avaient su rester simples, ils ne reniaient pas leur origine ouvrière.
Puis quinze jours plus tard, ce fut mon tour de présenter Marie-Agnès à mes parents. Mon père travaillait comme jardinier à la ville de Lyon, quant à ma mère, elle faisait des ménages et des repassages par-ci par-là afin d'arrondir les fins de mois. J'étais leur fils unique et aussi leur fierté, pensez, un ingénieur dans la famille, et qui plus est dans l'informatique ! Ma mère, ce jour-là, s'était mise sur son trente-et-un, même un peu trop, la reine d'Angleterre à coté d'elle aurait fait pâle figure. Pour ce qui est de mon père, comme dans toutes les circonstances, il savait rester simple et adopta tout de suite Marie-Agnès comme sa propre fille.
Les mois passèrent. Nos études terminées, il fallait trouver un emploi. Ce fut chose faite, le père de Marie-Agnès ayant des relations très haut-placées, il me dénicha un travail dans la maintenance informatique dans une SARL près de Dijon, et Marie-Agnès n'eut pas à attendre : les jours qui suivirent elle reçut son acceptation dans un collège de Dijon. Malgré l'offre généreuse des parents de Marie-Agnès de nous héberger, nous dûmes partir à la recherche d'un appartement pas trop éloigné de nos emplois respectifs. Cela ne se fit pas attendre.
Tout commença par une partie de pêche que nous avions soigneusement préparée. Je me souviens c'était un samedi de mai, on avait dû chercher un coin tranquille et ombragé on avait longé la rivière sur plusieurs kilomètres pour finir dans le fin fond d'une forêt. La journée fut délicieuse, surtout sans la présence des parents de Marie-Agnès, au demeurant sympathiques mais un tantinet protecteurs, voire collants. Pour revenir à notre journée, bien qu'ayant bien commencé, elle se termina très mal : ma voiture avait disparu avec tous mes papiers d'identité à l'intérieur et nos portables. Il nous fallut marcher de longues heures mais en vain. L'intuition féminine de Marie-Agnès de vouloir emprunter un petit sentier eut un résultat désastreux. Les heures passèrent, le ciel bleu et cristallin du matin avait laissé place à de gros nuages noirs et monstrueux. La nuit tombait, des gouttes de pluie nous donnaient des sueurs froides, la nuit s'installait peu à peu, chaque bruit devenait étrange, l'orage grondait, la foudre tomba à quelques mètres de nous, finissant de nous terrifier, il fallait à tout prix trouver un endroit pour se mettre à l'abri. À quelques centaines de mètres dans la pénombre nous aperçûmes une masse sombre se détachant du ciel. Un son de cloche semblait nous appeler. Il nous fallut quelques minutes pour atteindre le bâtiment, j'ouvris une porte que les ronces retenaient ; là il y avait une pièce de dix mètres sur vingt mètres, deux petites fenêtres donnaient sur l'extérieur. La toiture, bien que visiblement en très mauvais état, ne comportait aucune gouttière. Nous nous mîmes dans un recoin de la pièce, bien serrés l'un contre l'autre, enveloppés dans une couverture qui nous avait servi le matin même de lit pour faire notre sieste. Nous eûmes du mal à nous endormir, chaque bruit nous terrassait, une cloche tintait interminablement, mais bon, il fallait voir le bon coté des choses : Marie-Agnès était blottie contre moi et malgré la peur nous étions aux anges dans notre petit nid douillet.
Malgré tout nous pûmes nous endormir et c'est une brise légère qui nous réveilla, accompagnée d'un rayon de soleil. Nous nous levâmes tous deux et ouvrîmes une porte de chêne aux gonds rouillés. Quelle ne fut pas notre surprise ! Nous avions passé la nuit dans un ancien couvent, ou du moins ce qu'il en restait. Le mystère de la cloche si effrayante était percé : la chaîne de la cloche était enroulée autour d'une branche d'acacia, et par l'action du vent elle carillonnait. Marie-Agnès était en admiration devant ce lieu pourtant envahi par les ronces et les herbes folles. Seule une petite chapelle devait encore servir en de rares occasions, sa porte était cadenassée et les vitraux protégés par d'épais barreaux. Une fois la visite terminée, nous dûmes songer à rejoindre Dijon. À l'entrée du couvent, un chemin nous conduisit à une étroite route goudronnée, et de là nous pûmes accéder à une ferme pour téléphoner.
Quelques jours passèrent. Puis un soir où les parents de Marie-Agnès étaient invités à un vernissage, elle eut l'idée d'un dîner aux chandelles, mais je compris qu'il était prétexte à une demande, et la demande devait être considérable, car elle avait sorti le grand jeu, un rouge à lèvres assorti à son tailleur rouge. Elle adorait le rouge et moi aussi, ses cheveux étaient défaits, nous bûmes deux verres de champagne pour nous mettre dans l'ambiance de la soirée, tout y était, même une polonaise héroïque de Chopin mise en sourdine. A la fin du premier plat, je vis dans le regard, dans les yeux limpides et marron de Marie-Agnès, une pluie d'étoiles, accompagnées de son splendide sourire. Elle ne me dit que quelques mots.
-Pierre, tu te souviens du couvent dans la forêt ?
-Oui
Je craignais le pire.
-Et bien il est à nous.
Après m'être étranglé avec une cuisse de poulet, je dus me rendre à l'évidence : elle ne plaisantait pas, mais c'était Marie-Agnès avec toutes ses extravagances, ce qui la rendait différente des autres femmes. Après tout, cela aurait pu être une gare, un hippodrome, un hôpital. Venant d'elle, plus rien ne m'étonnait.
Dès le lendemain nous étions à pied-d'½uvre en compagnie d'un chef d'entreprise en maçonnerie. Le couvent était en piteux état : rien que pour la toiture il y en avait pour pas moins de 15000 euros, sans parler du reste. Le rêve de Marie Agnès était démesuré, mais papa était là pour que le rêve de sa fille se réalise.
Les trois semaines de vacances passèrent dans la rénovation du couvent, mais je n'étais pas seul, des cousins étaient venus me prêter main-forte, des travailleurs, mais aussi de bons vivants. Il n'y eut pas un soir où je me sois couché sans être éméché, et il fallut une bonne année pour que le couvent reprenne vie, mais le résultat était là. C'était devenu un magnifique endroit, à chaque voûte extérieure des glycines bleu ciel couraient, les murs étaient enduits d'un crépi d'un blanc éclatant. De plus, Marie-Agnès avait la main verte, les pommiers, les cerisiers, ainsi que les péchés avaient pris racine.
Au début la vie était paisible, le calme absolu, même trop absolu. C'est un ami amateur d'oiseaux qui me le fit remarquer : aucun chant d'oiseau, seul parfois le bruit du vent dans les branches. Sur le coup Marie-Agnès et moi n'y prêtâmes pas attention, puis ce même ami me fit cadeau d'un mainate. Le soir venu l'oiseau mourut. ..........
# Posté le dimanche 01 avril 2007 06:53
Modifié le mercredi 22 août 2007 11:35

L'étoile noire (Extrait d'une nouvelle auteur FERRAND Thierry ( cherche éditeur))

L'étoile noire (Extrait d'une nouvelle auteur FERRAND Thierry ( cherche éditeur))
L'étoile noire


Nous sommes en l'année 1790, dans une taverne de Bretagne. Plus précisément à Paimpol, il est 20 heures, et le vin coule à flots. François un vieux marin pénètre dans ce lieu de débauche où des femmes à moitié nues vont sur les genoux des hommes pour leur faire dépenser jusqu'à leur dernier écu. Le lieu est mal éclairé par quelques lanternes à pétrole suspendues au plafond, les pipes des marins exhalent leur fumée blanche, brouillard opaque se diffusant comme le « fog » londonien .Dans cette atmosphère d'apocalypse, les marins demandent au vieux François de leur faire le récit de sa fabuleuse aventure. Dès lors, un silence religieux inonde la salle, les yeux rougis des hommes et des femmes sont grands ouverts comme un livre d'images.
Le vieux marin commence sa narration.

- J'étais le huitième enfant d'une misérable famille de paysans, mon père rentrait saoûl tous les soirs. De plus, on ne devait pas faire de bruit de peur de le mettre en fureur, ce qui se traduisait par des coups portés à ma mère. Cette dernière, qui avait dû être belle en son temps, était devenue pitoyable, usée par le travail des champs, par les jeûnes répétés lorsque l'argent venait à manquer. Mon père ! Lui, cet ivrogne, buvait le peu d'argent que la ferme rapportait, et ma mère devait par elle-même trouver le moyen de nous nourrir : en plus du travail de la ferme, elle lavait le linge, et le recousait pour la famille Ouder, des notables de la région de Paimpol. J'ai encore cette image d'elle cousant au coin du feu, les mains déformées par l'arthrose. Elle souffrait le martyre. Été comme hiver, elle devait descendre au lavoir qui était à plus de huit kilomètres de notre ferme, et plonger ses mains malades dans l'eau glacée. Elle retenait ses cris de douleur, se sacrifiant pour nous, c'était là tout son courage. J'étais en admiration devant elle, car elle avait la grandeur de ces femmes, de savoir malgré leur souffrance garder tout leur amour et leur tendresse dans le regard. Un matin d'hiver, un 12 décembre exactement, midi venait de sonner au clocher du village. Notre mère n'était toujours pas rentrée du lavoir, elle pourtant toujours à l'heure. Je crois avoir vu mon père inquiet pour notre mère pour la première fois. Il avait ce jour-là pris la charrette pour ne pas perdre de temps. Il revint une bonne heure après avec notre mère dans la charrette : elle avait un sourire radieux, un peu comme si elle souriait aux anges, mais elle n'était plus de ce monde, elle gisait étendue raide morte à l'arrière de la charrette. L'hiver glacial avait eu raison d'elle, l'hiver était venu la délivrer de son calvaire, et ce fut la seule et unique fois que je vis mon père fondre en larmes.
Les mois passèrent. Nous nous étions mes frères et mes s½urs éparpillés ça et là, la misère étant devenue trop grande. Mon père ne cessait de boire la moindre pièce que l'on gagnait en trimant à la ferme. Mes deux grands frères Paul et Julien se réfugièrent au monastère pour revêtir la soutane, non pas qu'ils fussent touchés par la grâce divine, mais parce que cela leur permit de manger à leur faim sans trop trimer. Mes autres frères et s½urs, je n'ai d'eux que leur souvenir, de les voir partir de la ferme le même jour, par le chemin boueux, leur baluchon sur l'épaule. Ce jour-là je fus du voyage ; il fut très court : trois bonnes journées de marche qui me conduisirent au port de Brest, pour enfin vivre mon rêve secret, celui de partir dans les îles merveilleuses où l'or se ramasse à la pelle, où les filles sont belles comme le jour et sentent la vanille et les fleurs sauvages.

Ce vendredi de mai le Gloria, un fabuleux navire marchand en partance pour ces îles paradisiaques, mouillait l'ancre au port de Brest. Le capitaine Lambert était un fort gaillard au visage balafré, un véritable loup de mer. Je dus négocier mon voyage sur le Gloria, qui consistait en une multitude de corvées. Mais avais-je le choix ? Le prix était fort, le prix de mon rêve.
Je me souviendrai toute ma vie du départ du Gloria. J'avais le c½ur serré de quitter mon pays natal et la folle envie de connaître le nouveau monde. En quelques jours j'appris le dur labeur de moussaillon. Dès le lever du soleil nous devions être sur le gaillard d'avant pour recevoir les ordres du capitaine Lambert. Mon rôle consistait le plus clair du temps à brosser et savonner le pont. Corvée qui revenait d'office au plus jeune moussaillon, ainsi que la pluche des légumes. On était une cinquantaine à bord et chacun avait une tache bien précise, du menuisier au cuisinier. Mais le plus curieux et le plus intriguant de tous était sans doute le cuisinier. Il me racontait des histoires à me faire dresser les cheveux sur la tête. Un univers de monstres marins géants agrémenté de tueries d'équipages. Il avait bourlingué dans toutes les mers, parfois lui venait la nostalgie des îles paradisiaques. Des moments d'intense émotion où le souvenir de Vanna, une vahiné, le hantait. Cet homme, qui paraissait si dur, devenait tout à coup vulnérable et fragile.

Quatre semaines passèrent. Je connus ma première tempête, avec des vagues de sept mètres de haut, et je crus voir arriver ma dernière heure. Les vagues immenses nous bringueballaient d'un pont à l'autre. Quatre heures de mer en furie et puis peu à peu le calme revint. Le soleil se levait, et il me semblait plus magnifique que jamais. Le capitaine Lambert paraissait renaître, et il fêta ce digne événement par une beuverie générale. Un fût de 100 litres de rhum fut bu. En ce qui me concernait il me fallut trois jours pour me remettre de cette beuverie gargantuesque. Enfin le jour tant attendu arriva. Le ciel était d'un bleu de cristal, de minuscules points blancs perdus dans l'horizon prirent forme. Un marin perché sur un mât cria.
- Terre, Terre en vue.
Quel jour de liesse, les îles paradisiaques étaient aussi belles que ce que l'on m'avait décrit. Ce pays merveilleux où l'or se ramasse à la pelle. Où les filles sont belles comme le jour. Il fallut au Gloria deux heures pour mouiller l'ancre. Les chaloupes mises à l'eau nous conduisirent sur une immense plage de sable fin, bordée en arrière-plan de collines boisées d'arbres curieux. Dès que j'eus mis pied à terre, à une vingtaine de mètres un feu éteint attira mon attention. Le grand Citer, un grand chauve d'une maigreur extrême, me donna un coup de coude dans l'abdomen en me disant :
« - Moussaillon, regarde ! Un festin de roi, des morceaux de viande rôtis au feu de bois. Vas-y, tu vas te régaler ! »
On avança tous deux. Le grand Citer me tendit un morceau de viande encore chaud, la viande était cuite avec des ananas, le tout enroulé dans des feuilles de palmier.
« - Tiens mon gars. »
La viande était tendre comme du veau légèrement sucré, je mangeais avec un fort appétit, au loin j'entendais des rires. Et j'en compris très vite la raison : bien enroulée dans une feuille de palmier se trouvait une main humaine ! Je vomis aussitôt mon repas. J'avais fini les restes d'un festin de cannibales. Quel odieux sacrilège d'avoir mangé l'un des miens ! Le grand Citer me mit la main sur l'épaule et me dit.
« - Ben mon gars, tu t'en remettras ! Bois un coup de rhum. »
Après que je fus remis de mes émotions, nous suivîmes les pas du Capitaine Lambert, qui apparemment connaissait bien les lieux. Deux bonnes heures de marche, mais l'effort en valait la peine : un coin de paradis, un long lagon bleu clair, aux eaux plus limpides que du cristal, des buissons de grosses fleurs blanches qui parfumaient l'atmosphère. Un parfum si suave qu'il nous en donnait le tournis. Au loin on vit arriver des pirogues fleuries de toutes parts. Un comité d'accueil en quelque sorte, composé d'hommes et de femmes d'une grande beauté.
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# Posté le samedi 31 mars 2007 12:38

Lucien de Montargie (Extrait d'une nouvelle de FERRAND Thierry (cherche éditeur))

Lucien de Montargie (Extrait d'une nouvelle de FERRAND Thierry (cherche éditeur))
Lucien de Montargis.


Lucien a une vie bien orchestrée, métro, boulot, dodo, bien que boulot et métro ne fassent qu'un puisqu'il est employé comme contrôleur dans le métro parisien. Nous sommes le 28 juin, la dernière journée avant que Lucien de Montargis soit en vacances. Lucien de Montargis n'est pas son vrai nom, il s'appelle en réalité Lucien Plancher. Le nom de Montargis lui vient du lieu où il réside, « Montargis ». D'ailleurs tous ses collègues ont un sobriquet, Paul de Saint Denis, Lucette de Pigalle, Laurent Montparnasse, Monique Place Vendôme, une manie à eux de se donner de grands airs, comme ils disent.
La journée terminée, Lucien ferme le cadenas de son placard de vestiaire en prenant soin de tout emmener dans son sac de sport, puis il se dirige vers le parking et s'installe au volant de sa 4L, une véritable pièce de musée, pour rejoindre un bar situé le long de l'avenue des Champs-Elysées.
Au bar Chez Victor, tous ses anniversaires ont été célébrés, les naissances des enfants de ses potes, leurs peines amoureuses aussi. Pourtant un événement a marqué le bar pour des décennies. La coupe du monde 1998 : les posters de Zizou tapissent les murs.
Venu au bar, Lucien a un sourire angélique. Demain matin, il quitte de bonne heure Paris pour des lieux qui lui sont inconnus, les Pyrénées. La raison en est l'achat d'un petit chalet dans les alpages pyrénéens, achat dû à une somme rondelette qu'il a gagnée au loto. Une nouvelle vie l'attend pendant ces quatre semaines de vacances, une vie de Robinson Crusoé, seul avec la nature, face aux montagnes, loin de tout ce tumulte parisien. Lucien sort de son portefeuille la photo de son chalet et la brandit sous les yeux ébahis de ses amis.
-Vous vous rendez compte, les gars, demain soir, je roupille, les fenêtres grandes ouvertes sur le géant Canigou, respirant du bon air pur sans pollution, le rêve quoi !

Lucien, par de grands gestes, mime les grandioses montagnes des Pyrénées tout en buvant une dizaine de Ricards, puis il jette un ½il sur sa montre qui lui indique dix-huit heures. Le temps de repayer sa tournée et il est à nouveau au volant de sa voiture. Il lui faut bien 30 mm pour rejoindre son bercail, un appartement à Montargis, un deux-pièces. Les toilettes au bout du couloir, un intérieur sobre. Lucien a quarante ans, est un célibataire endurci, quelques petites amies de temps en temps, mais pas plus. Son c½ur bat secrètement pour une seule femme, une star du cinéma, Sabine Azéma, son « inaccessible étoile ». Ils ont bu ensemble un verre, vingt ans auparavant dans une boîte de nuit. Depuis Lucien se rattache à ce rêve de la revoir un jour. Des posters de Sabine sont punaisés sur tous les murs de ses pièces. Il a cependant un autre rêve, celui-ci plus accessible, les Pyrénées. Demain soir à 20 heures, il rejoint son havre de paix. Il regarde une dernière fois les cartes, les heures de forte affluence sur les autoroutes.
Puis, les yeux lourds de fatigue, il rejoint son lit, tout en rêvant à ce que sera demain.

BRING-BRING-BRING-BRING....

Il est 4 heures du matin, Lucien pose la main sur son radio-réveil, et sort de son lit dans un grand sursaut. Il fait ce qu'il fait tous les matins, il ouvre la fenêtre de sa cuisine et respire à pleins poumons l'air du petit matin parisien. Quatre heures ! L'aube se lève sur Paris, les lumières de la ville semblent se noyer dans un ciel outre-mer. Puis après avoir pris sa douche, Lucien prépare son petit-déjeuner, il ne cesse de bâiller, puis, le geste imprécis car il est à peine sorti de son sommeil, il ingurgite un café au lait et quelques tartines de confiture qu'il avale en plusieurs bouchées. Sur son canapé, une grande valise et deux sacs de sport sont prêts depuis la veille.
Il est 5 heures du matin, Lucien emprunte le périphérique qui le conduit porte d'Orléans. Là, un fleuve de phares de voitures semble descendre jusqu'à la mer méditerranée. L'autoroute est bondée malgré l'heure matinale. Lucien ne quitte pas la voie de droite tout en roulant à moins de 90 kilomètres-heure, de peur que son moteur ne s'emballe. Il choie sa 4L de plus de vingt ans, une voiture qu'il a achetée neuve et qu'il a fait repeindre il y a six mois, une merveille de mécanique révisée tous les deux ans par un concessionnaire Renault.

Après 12 heures de route, il arrive à bon port, une petite ville, San Julia de Loria près de la frontière espagnole. Mais le plus dur reste à faire, rejoindre son chalet en plein alpage, à pas moins de 4 heures de marche. Il gare sa voiture sur une place à l'ombre d'un platane, et sort un sac à dos. À quelques pas se trouve une petite épicerie ; il s'y précipite. Une clochette suspendue au-dessus de la porte indique sa présence. Après plusieurs minutes, une dame âgée marchant avec difficulté descend péniblement un escalier de bois. Lucien s'adresse à elle en souriant.
-Bonjour, Madame, je suis un nouvel arrivant, je suis parisien et j'ai fait l'achat d'un petit chalet dans les alpages.
-Oui, oui, et quel chalet, sans indiscrétion ?
-Le chalet de Grégoire Fortune, il est mort récemment.
-Le chalet du Père Grégoire, vous voulez dire sa bergerie ?
-Voyez vous-même j'ai la photo.
-Je suis née ici et je n'ai jamais vu ce chalet ! Victor, viens voir !
Le mari de la vieille dame descend avec autant de difficulté que celle-ci l'escalier de bois. L'épicière montre la photo du chalet à son époux, qui à son tour hoche de la tête, signifiant qu'il n'a jamais vu ce chalet. Lucien montre l'acte de vente à l'épicier.
- Que voulez-vous, le père Grégoire était un berger, il vivait dans sa grange sans électricité, sans eau courante, le mieux pour vous est de monter là-haut avec des conserves et des bougies.
-Dix milles euros pour une grange ! Ha ! Ils vont m'entendre, ces ordures !
-Monsieur, faites voir à nouveau la photo ! J'y suis, la grange apparaît bien, mais dans le fond, sur la colline en face, le chalet que vous voyez est en fait un décor de cinéma : un film a été tourné ici il y a deux ans.
-Comment ? cette ruine ? Oui, je comprends, lorsque que le notaire m'a dit : « vous achetez ça, mais pas ça, c'est en carton peint » j'ai cru qu'il plaisantait. On a ri tous les deux.
-Monsieur, un chalet à dix milles euros, même dans un endroit reculé comme ici, vous n'en trouverez pas, le notaire n'est pas entré dans les détails, parce qu'il a trouvé ça évident.
- De toute façon je ne vais pas dormir à l'hôtel, tant pis je monte là-haut.
Après quelques achats à l'épicerie, il emprunte un petit sentier escarpé derrière une église. Sa valise et plusieurs accessoires sont restés à l'intérieur de sa voiture. Il a pris le nécessaire pour la nuit. Les sentiers sont raides et chaotiques, de rares indications indiquent le chemin. Lucien jure par tous les diables en maudissant le notaire. Trois heures passent. Lucien devient plus calme en pénétrant dans les alpages : les fleurs sauvages lui semblent offertes, les montages se dressent comme des pyramides. Au loin dans le ciel de cristal se dessine la grange du père Grégoire. Il faut quelques minutes à Lucien pour atteindre la porte de la grange, il sort de sa poche une grosse clef roulier et l'introduit d'un la serrure. La lourde porte de chêne s'ouvre dans un fracas d'enfer. Lucien ouvre de grands yeux sur ce qu'il voit, des murs de pierre nus, une grande table de ferme semblant taillée dans des troncs d'arbre à la hache, un vaisselier de noyer orné de rares sculptures qui se dresse sur ses hauts pieds. Seul un poste de radio à transistor relie la grange à la civilisation. Lucien pousse une porte au fond de la pièce, et aboutit à l'écurie. Un lit métallique est posé à même le sol. Les bergers passaient l'hiver avec les animaux pour profiter de leur chaleur.
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# Posté le samedi 31 mars 2007 12:34

Lettre à Sandrine Fay.poème du recueil" Visa pour L'Eternité

Lettre à Sandrine Fay.poème du recueil" Visa pour L'Eternité
Voici un poème dedié à une éditrice, il est parut dans la revue littéraire "la braise et l'étincelle"

Site internet "éclats d'encre"


Lettre à Sandrine Fay


Etoile oubliée par la nuit
Incandescentes ténèbres

Du souffle divin
Les anges ont une haleine de chacal
De leurs griffes
Déchirent le cristal
De l'aube jusqu'à l'aurore

Mot, flash de leur âme
Subdiminales images
De soleil dans la pluie
De pluie dans le soleil

Lettre, noir symbole
Larmes de soleil sur écran blanc
Poète lumineux
Luciole baiseuse d'étoiles

Noir poète
Archange amnésique
Flingueur de papillons
Eclats d'encre
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# Posté le jeudi 11 janvier 2007 12:43
Modifié le samedi 10 février 2007 03:44

Hécate


Hécate



Elle ouvre ses yeux mécaniques célestes.
Où Je dors au lit fleuri d'une déesse
Dans son regard brûlent mes châteaux en Espagne
Je bus à sa coupe le plus cher des Champagne

Son visage lumineux est un miroir sans tain
Où flotte son sourire d'un oedipe incertain
Je frémis aux cliquetis de ses chaînes
Esclave insoumise à l'homme à qui elle appartient

Je suis enivré de la lumière des fontaines
Baigné dans sa rivière d'une lune lointaine
Hécate déesse de la lune femme aux trois visages
De son rouge à lèvres je connais le sillage

Les fruits défendus qui galbent son corsage
Sont gorgés de désir que son c½ur met en cage
Cette femme qui se cache, je dois l'imaginer
Quant à son univers, je dois le deviner.

Ferrand Thierry
# Posté le dimanche 07 janvier 2007 12:23
Modifié le mercredi 21 février 2007 12:36