J'espère que cet extrait vous plaira, il fera parti d'un receuil qui comportera 8 nouvelles
Le couvent l'intégral de la nouvelle sur le site " Bonnes Nouvelles"
La vie nous réserve parfois des surprises. L'histoire que je vais vous raconter est authentique, bien que paraissant irréelle. Tout commence un beau matin de juillet, il y a quelques années, pour être plus précis le deux juillet 1996. Je faisais alors mes études d'ingénieur à Paris. Le matin j'aimais flâner dans le vieux Paris, plus principalement aux alentours de Notre Dame. Ce matin-là le ciel était limpide dès 9 h. Par beau temps les peintres sortent leur chevalet, et il n'est pas rare qu'une dizaine d'entre eux peignent Notre-Dame. Tout de suite mon attention fut attirée par une jolie silhouette, une jeune fille brune d'une vingtaine d'années. Comme attiré par je ne sais quelle force, je me dirigeai vers elle, lui disant quelques mots, une phrase banale.
-La journée va être belle, beau temps pour peindre.
Elle me regarda de ses grands yeux marron et me sourit, et à ce moment-là, je me sentis troublé par cette merveilleuse apparition, mon c½ur battait la chamade. Ce jour-là j'eus toutes les audaces : étant d'un naturel plus que timide j'osai l'aborder, elle me répondit qu'elle poursuivait des études d'art contemporain. Puis quelques minutes passèrent, quand tout à coup me vint l'idée de l'inviter au restaurant, moi si timide d'habitude ! Inviter une inconnue, cela ne fut pas sans mal, et je dus passer par tous les états de la pâleur d'un linge blanc à la rougeur d'une tomate, me rendant on ne peut plus ridicule. Sa réponse fut aussi inattendue que ma question, ma grande timidité y était pour beaucoup, elle avait trouvé ça touchant.
- Oui
Donc le rendez-vous était pris le soir même à vingt heures, dans un petit restaurant Italien près de Notre Dame, Chez Nino.
L'attente du soir me sembla une éternité, il arriva enfin comme tout doit arriver. Je fus le premier sur les lieux 30 mm avant le rendez-vous, je me sentais anxieux, mal dans ma peau, je n'étais pas du genre à inviter une inconnue, mais ce fut plus fort que moi, un peu comme si je voulais retenir un rêve pour éviter qu'il ne m'échappe. Vingt heures sonnaient à la vieille horloge du restaurant et toujours personne. Le barman me regardait comme s'il avait compris en secouant la tête avec un sourire narquois. Puis l'horloge sonna une seconde fois, il était 20h 30 mais toujours rien : s'était-elle joué de moi, avait-elle eu un fâcheux contretemps ? Je me morfondais lorsqu'elle apparut, plus belle que jamais. Je me souviendrai jusqu'à mon dernier jour de cette apparition. Elle était vêtue ce soir-là d'une longue jupe à fleurs façon gitane contrastant avec un chemisier de satin blanc, portant à chaque extrémité de son col deux petits dauphins en argent sertis de deux pierres bleues faisant office d'yeux, mais avant tout le plus sublime en elle était son sourire. Elle aurait pu poser pour Modigliani. Il n'y avait aucun doute, elle était plus que jolie, elle était belle. Elle était différente des autres filles que je connaissais, ou plutôt je posais un regard différent sur elle, qui me laissait entrevoir sa grande générosité et ses qualités de c½ur ; nos différences se ressemblaient.
Au bout de quelques minutes je sus son prénom, Marie-Agnès, et elle sut le mien, Pierre. Elle riait de toutes mes plaisanteries, moi qui n'étais pas au naturel un comique patenté. Puis minuit sonna, elle prit son sac, et disparut comme par enchantement, telle une Cendrillon des temps modernes. Ce soir-là je n'eus pas droit à une chaussure de verre mais à une petite feuille de carnet pliée en quatre où figurait son numéro de portable.
Ensuite il n'y eut pas un soir où l'on ne se vit pas, puis une année passa, je réussis avec brio mon diplôme d'ingénieur en informatique. Elle, de son côté, eut son diplôme de professeur d'art plastique. Le jour tant attendu arriva, le jour où elle devait me présenter à ses parents, des bourgeois de Dijon disait Marie-Agnès en parlant d'eux. Son père avait fait fortune dans la conserve, plus précisément dans la moutarde, LA MOUTARDE SAUNIER, la moutarde qui accompagne tous vos mets.
Sur la route qui nous conduisait de Paris à Dijon, Marie-Agnès ne tenait plus en place, elle se comportait comme une enfant qui part en vacances à la mer, elle était fière de présenter l'élu de son c½ur à ses parents. A quelques kilomètres de Dijon Marie-Agnès me dirigea sur des petits routes de campagne, puis nous franchîmes une gigantesque entrée en fer forgé : la maison des parents de Marie-Agnès n'avait rien d'une petite masure, elle avait autant de fenêtres que de jours dans l'année. Les parents de Marie-Agnès nous attendaient sur le perron. Son père n'avait pas la prestance d'un grand PDG, il me faisait penser à un ouvrier agricole que mes parents avaient pour ami. Pour ce qui est de sa mère, elle incarnait très bien la gauche caviar, juste ce qu'il faut de classe mais pas trop, je reconnaissais même en elle des mimiques et des attitudes de sa fille. La journée fut agréable, les parents de Marie-Agnès, bien que très riches, avaient su rester simples, ils ne reniaient pas leur origine ouvrière.
Puis quinze jours plus tard, ce fut mon tour de présenter Marie-Agnès à mes parents. Mon père travaillait comme jardinier à la ville de Lyon, quant à ma mère, elle faisait des ménages et des repassages par-ci par-là afin d'arrondir les fins de mois. J'étais leur fils unique et aussi leur fierté, pensez, un ingénieur dans la famille, et qui plus est dans l'informatique ! Ma mère, ce jour-là, s'était mise sur son trente-et-un, même un peu trop, la reine d'Angleterre à coté d'elle aurait fait pâle figure. Pour ce qui est de mon père, comme dans toutes les circonstances, il savait rester simple et adopta tout de suite Marie-Agnès comme sa propre fille.
Les mois passèrent. Nos études terminées, il fallait trouver un emploi. Ce fut chose faite, le père de Marie-Agnès ayant des relations très haut-placées, il me dénicha un travail dans la maintenance informatique dans une SARL près de Dijon, et Marie-Agnès n'eut pas à attendre : les jours qui suivirent elle reçut son acceptation dans un collège de Dijon. Malgré l'offre généreuse des parents de Marie-Agnès de nous héberger, nous dûmes partir à la recherche d'un appartement pas trop éloigné de nos emplois respectifs. Cela ne se fit pas attendre.
Tout commença par une partie de pêche que nous avions soigneusement préparée. Je me souviens c'était un samedi de mai, on avait dû chercher un coin tranquille et ombragé on avait longé la rivière sur plusieurs kilomètres pour finir dans le fin fond d'une forêt. La journée fut délicieuse, surtout sans la présence des parents de Marie-Agnès, au demeurant sympathiques mais un tantinet protecteurs, voire collants. Pour revenir à notre journée, bien qu'ayant bien commencé, elle se termina très mal : ma voiture avait disparu avec tous mes papiers d'identité à l'intérieur et nos portables. Il nous fallut marcher de longues heures mais en vain. L'intuition féminine de Marie-Agnès de vouloir emprunter un petit sentier eut un résultat désastreux. Les heures passèrent, le ciel bleu et cristallin du matin avait laissé place à de gros nuages noirs et monstrueux. La nuit tombait, des gouttes de pluie nous donnaient des sueurs froides, la nuit s'installait peu à peu, chaque bruit devenait étrange, l'orage grondait, la foudre tomba à quelques mètres de nous, finissant de nous terrifier, il fallait à tout prix trouver un endroit pour se mettre à l'abri. À quelques centaines de mètres dans la pénombre nous aperçûmes une masse sombre se détachant du ciel. Un son de cloche semblait nous appeler. Il nous fallut quelques minutes pour atteindre le bâtiment, j'ouvris une porte que les ronces retenaient ; là il y avait une pièce de dix mètres sur vingt mètres, deux petites fenêtres donnaient sur l'extérieur. La toiture, bien que visiblement en très mauvais état, ne comportait aucune gouttière. Nous nous mîmes dans un recoin de la pièce, bien serrés l'un contre l'autre, enveloppés dans une couverture qui nous avait servi le matin même de lit pour faire notre sieste. Nous eûmes du mal à nous endormir, chaque bruit nous terrassait, une cloche tintait interminablement, mais bon, il fallait voir le bon coté des choses : Marie-Agnès était blottie contre moi et malgré la peur nous étions aux anges dans notre petit nid douillet.
Malgré tout nous pûmes nous endormir et c'est une brise légère qui nous réveilla, accompagnée d'un rayon de soleil. Nous nous levâmes tous deux et ouvrîmes une porte de chêne aux gonds rouillés. Quelle ne fut pas notre surprise ! Nous avions passé la nuit dans un ancien couvent, ou du moins ce qu'il en restait. Le mystère de la cloche si effrayante était percé : la chaîne de la cloche était enroulée autour d'une branche d'acacia, et par l'action du vent elle carillonnait. Marie-Agnès était en admiration devant ce lieu pourtant envahi par les ronces et les herbes folles. Seule une petite chapelle devait encore servir en de rares occasions, sa porte était cadenassée et les vitraux protégés par d'épais barreaux. Une fois la visite terminée, nous dûmes songer à rejoindre Dijon. À l'entrée du couvent, un chemin nous conduisit à une étroite route goudronnée, et de là nous pûmes accéder à une ferme pour téléphoner.
Quelques jours passèrent. Puis un soir où les parents de Marie-Agnès étaient invités à un vernissage, elle eut l'idée d'un dîner aux chandelles, mais je compris qu'il était prétexte à une demande, et la demande devait être considérable, car elle avait sorti le grand jeu, un rouge à lèvres assorti à son tailleur rouge. Elle adorait le rouge et moi aussi, ses cheveux étaient défaits, nous bûmes deux verres de champagne pour nous mettre dans l'ambiance de la soirée, tout y était, même une polonaise héroïque de Chopin mise en sourdine. A la fin du premier plat, je vis dans le regard, dans les yeux limpides et marron de Marie-Agnès, une pluie d'étoiles, accompagnées de son splendide sourire. Elle ne me dit que quelques mots.
-Pierre, tu te souviens du couvent dans la forêt ?
-Oui
Je craignais le pire.
-Et bien il est à nous.
Après m'être étranglé avec une cuisse de poulet, je dus me rendre à l'évidence : elle ne plaisantait pas, mais c'était Marie-Agnès avec toutes ses extravagances, ce qui la rendait différente des autres femmes. Après tout, cela aurait pu être une gare, un hippodrome, un hôpital. Venant d'elle, plus rien ne m'étonnait.
Dès le lendemain nous étions à pied-d'½uvre en compagnie d'un chef d'entreprise en maçonnerie. Le couvent était en piteux état : rien que pour la toiture il y en avait pour pas moins de 15000 euros, sans parler du reste. Le rêve de Marie Agnès était démesuré, mais papa était là pour que le rêve de sa fille se réalise.
Les trois semaines de vacances passèrent dans la rénovation du couvent, mais je n'étais pas seul, des cousins étaient venus me prêter main-forte, des travailleurs, mais aussi de bons vivants. Il n'y eut pas un soir où je me sois couché sans être éméché, et il fallut une bonne année pour que le couvent reprenne vie, mais le résultat était là. C'était devenu un magnifique endroit, à chaque voûte extérieure des glycines bleu ciel couraient, les murs étaient enduits d'un crépi d'un blanc éclatant. De plus, Marie-Agnès avait la main verte, les pommiers, les cerisiers, ainsi que les péchés avaient pris racine.
Au début la vie était paisible, le calme absolu, même trop absolu. C'est un ami amateur d'oiseaux qui me le fit remarquer : aucun chant d'oiseau, seul parfois le bruit du vent dans les branches. Sur le coup Marie-Agnès et moi n'y prêtâmes pas attention, puis ce même ami me fit cadeau d'un mainate. Le soir venu l'oiseau mourut. ..........
Le couvent l'intégral de la nouvelle sur le site " Bonnes Nouvelles"
La vie nous réserve parfois des surprises. L'histoire que je vais vous raconter est authentique, bien que paraissant irréelle. Tout commence un beau matin de juillet, il y a quelques années, pour être plus précis le deux juillet 1996. Je faisais alors mes études d'ingénieur à Paris. Le matin j'aimais flâner dans le vieux Paris, plus principalement aux alentours de Notre Dame. Ce matin-là le ciel était limpide dès 9 h. Par beau temps les peintres sortent leur chevalet, et il n'est pas rare qu'une dizaine d'entre eux peignent Notre-Dame. Tout de suite mon attention fut attirée par une jolie silhouette, une jeune fille brune d'une vingtaine d'années. Comme attiré par je ne sais quelle force, je me dirigeai vers elle, lui disant quelques mots, une phrase banale.
-La journée va être belle, beau temps pour peindre.
Elle me regarda de ses grands yeux marron et me sourit, et à ce moment-là, je me sentis troublé par cette merveilleuse apparition, mon c½ur battait la chamade. Ce jour-là j'eus toutes les audaces : étant d'un naturel plus que timide j'osai l'aborder, elle me répondit qu'elle poursuivait des études d'art contemporain. Puis quelques minutes passèrent, quand tout à coup me vint l'idée de l'inviter au restaurant, moi si timide d'habitude ! Inviter une inconnue, cela ne fut pas sans mal, et je dus passer par tous les états de la pâleur d'un linge blanc à la rougeur d'une tomate, me rendant on ne peut plus ridicule. Sa réponse fut aussi inattendue que ma question, ma grande timidité y était pour beaucoup, elle avait trouvé ça touchant.
- Oui
Donc le rendez-vous était pris le soir même à vingt heures, dans un petit restaurant Italien près de Notre Dame, Chez Nino.
L'attente du soir me sembla une éternité, il arriva enfin comme tout doit arriver. Je fus le premier sur les lieux 30 mm avant le rendez-vous, je me sentais anxieux, mal dans ma peau, je n'étais pas du genre à inviter une inconnue, mais ce fut plus fort que moi, un peu comme si je voulais retenir un rêve pour éviter qu'il ne m'échappe. Vingt heures sonnaient à la vieille horloge du restaurant et toujours personne. Le barman me regardait comme s'il avait compris en secouant la tête avec un sourire narquois. Puis l'horloge sonna une seconde fois, il était 20h 30 mais toujours rien : s'était-elle joué de moi, avait-elle eu un fâcheux contretemps ? Je me morfondais lorsqu'elle apparut, plus belle que jamais. Je me souviendrai jusqu'à mon dernier jour de cette apparition. Elle était vêtue ce soir-là d'une longue jupe à fleurs façon gitane contrastant avec un chemisier de satin blanc, portant à chaque extrémité de son col deux petits dauphins en argent sertis de deux pierres bleues faisant office d'yeux, mais avant tout le plus sublime en elle était son sourire. Elle aurait pu poser pour Modigliani. Il n'y avait aucun doute, elle était plus que jolie, elle était belle. Elle était différente des autres filles que je connaissais, ou plutôt je posais un regard différent sur elle, qui me laissait entrevoir sa grande générosité et ses qualités de c½ur ; nos différences se ressemblaient.
Au bout de quelques minutes je sus son prénom, Marie-Agnès, et elle sut le mien, Pierre. Elle riait de toutes mes plaisanteries, moi qui n'étais pas au naturel un comique patenté. Puis minuit sonna, elle prit son sac, et disparut comme par enchantement, telle une Cendrillon des temps modernes. Ce soir-là je n'eus pas droit à une chaussure de verre mais à une petite feuille de carnet pliée en quatre où figurait son numéro de portable.
Ensuite il n'y eut pas un soir où l'on ne se vit pas, puis une année passa, je réussis avec brio mon diplôme d'ingénieur en informatique. Elle, de son côté, eut son diplôme de professeur d'art plastique. Le jour tant attendu arriva, le jour où elle devait me présenter à ses parents, des bourgeois de Dijon disait Marie-Agnès en parlant d'eux. Son père avait fait fortune dans la conserve, plus précisément dans la moutarde, LA MOUTARDE SAUNIER, la moutarde qui accompagne tous vos mets.
Sur la route qui nous conduisait de Paris à Dijon, Marie-Agnès ne tenait plus en place, elle se comportait comme une enfant qui part en vacances à la mer, elle était fière de présenter l'élu de son c½ur à ses parents. A quelques kilomètres de Dijon Marie-Agnès me dirigea sur des petits routes de campagne, puis nous franchîmes une gigantesque entrée en fer forgé : la maison des parents de Marie-Agnès n'avait rien d'une petite masure, elle avait autant de fenêtres que de jours dans l'année. Les parents de Marie-Agnès nous attendaient sur le perron. Son père n'avait pas la prestance d'un grand PDG, il me faisait penser à un ouvrier agricole que mes parents avaient pour ami. Pour ce qui est de sa mère, elle incarnait très bien la gauche caviar, juste ce qu'il faut de classe mais pas trop, je reconnaissais même en elle des mimiques et des attitudes de sa fille. La journée fut agréable, les parents de Marie-Agnès, bien que très riches, avaient su rester simples, ils ne reniaient pas leur origine ouvrière.
Puis quinze jours plus tard, ce fut mon tour de présenter Marie-Agnès à mes parents. Mon père travaillait comme jardinier à la ville de Lyon, quant à ma mère, elle faisait des ménages et des repassages par-ci par-là afin d'arrondir les fins de mois. J'étais leur fils unique et aussi leur fierté, pensez, un ingénieur dans la famille, et qui plus est dans l'informatique ! Ma mère, ce jour-là, s'était mise sur son trente-et-un, même un peu trop, la reine d'Angleterre à coté d'elle aurait fait pâle figure. Pour ce qui est de mon père, comme dans toutes les circonstances, il savait rester simple et adopta tout de suite Marie-Agnès comme sa propre fille.
Les mois passèrent. Nos études terminées, il fallait trouver un emploi. Ce fut chose faite, le père de Marie-Agnès ayant des relations très haut-placées, il me dénicha un travail dans la maintenance informatique dans une SARL près de Dijon, et Marie-Agnès n'eut pas à attendre : les jours qui suivirent elle reçut son acceptation dans un collège de Dijon. Malgré l'offre généreuse des parents de Marie-Agnès de nous héberger, nous dûmes partir à la recherche d'un appartement pas trop éloigné de nos emplois respectifs. Cela ne se fit pas attendre.
Tout commença par une partie de pêche que nous avions soigneusement préparée. Je me souviens c'était un samedi de mai, on avait dû chercher un coin tranquille et ombragé on avait longé la rivière sur plusieurs kilomètres pour finir dans le fin fond d'une forêt. La journée fut délicieuse, surtout sans la présence des parents de Marie-Agnès, au demeurant sympathiques mais un tantinet protecteurs, voire collants. Pour revenir à notre journée, bien qu'ayant bien commencé, elle se termina très mal : ma voiture avait disparu avec tous mes papiers d'identité à l'intérieur et nos portables. Il nous fallut marcher de longues heures mais en vain. L'intuition féminine de Marie-Agnès de vouloir emprunter un petit sentier eut un résultat désastreux. Les heures passèrent, le ciel bleu et cristallin du matin avait laissé place à de gros nuages noirs et monstrueux. La nuit tombait, des gouttes de pluie nous donnaient des sueurs froides, la nuit s'installait peu à peu, chaque bruit devenait étrange, l'orage grondait, la foudre tomba à quelques mètres de nous, finissant de nous terrifier, il fallait à tout prix trouver un endroit pour se mettre à l'abri. À quelques centaines de mètres dans la pénombre nous aperçûmes une masse sombre se détachant du ciel. Un son de cloche semblait nous appeler. Il nous fallut quelques minutes pour atteindre le bâtiment, j'ouvris une porte que les ronces retenaient ; là il y avait une pièce de dix mètres sur vingt mètres, deux petites fenêtres donnaient sur l'extérieur. La toiture, bien que visiblement en très mauvais état, ne comportait aucune gouttière. Nous nous mîmes dans un recoin de la pièce, bien serrés l'un contre l'autre, enveloppés dans une couverture qui nous avait servi le matin même de lit pour faire notre sieste. Nous eûmes du mal à nous endormir, chaque bruit nous terrassait, une cloche tintait interminablement, mais bon, il fallait voir le bon coté des choses : Marie-Agnès était blottie contre moi et malgré la peur nous étions aux anges dans notre petit nid douillet.
Malgré tout nous pûmes nous endormir et c'est une brise légère qui nous réveilla, accompagnée d'un rayon de soleil. Nous nous levâmes tous deux et ouvrîmes une porte de chêne aux gonds rouillés. Quelle ne fut pas notre surprise ! Nous avions passé la nuit dans un ancien couvent, ou du moins ce qu'il en restait. Le mystère de la cloche si effrayante était percé : la chaîne de la cloche était enroulée autour d'une branche d'acacia, et par l'action du vent elle carillonnait. Marie-Agnès était en admiration devant ce lieu pourtant envahi par les ronces et les herbes folles. Seule une petite chapelle devait encore servir en de rares occasions, sa porte était cadenassée et les vitraux protégés par d'épais barreaux. Une fois la visite terminée, nous dûmes songer à rejoindre Dijon. À l'entrée du couvent, un chemin nous conduisit à une étroite route goudronnée, et de là nous pûmes accéder à une ferme pour téléphoner.
Quelques jours passèrent. Puis un soir où les parents de Marie-Agnès étaient invités à un vernissage, elle eut l'idée d'un dîner aux chandelles, mais je compris qu'il était prétexte à une demande, et la demande devait être considérable, car elle avait sorti le grand jeu, un rouge à lèvres assorti à son tailleur rouge. Elle adorait le rouge et moi aussi, ses cheveux étaient défaits, nous bûmes deux verres de champagne pour nous mettre dans l'ambiance de la soirée, tout y était, même une polonaise héroïque de Chopin mise en sourdine. A la fin du premier plat, je vis dans le regard, dans les yeux limpides et marron de Marie-Agnès, une pluie d'étoiles, accompagnées de son splendide sourire. Elle ne me dit que quelques mots.
-Pierre, tu te souviens du couvent dans la forêt ?
-Oui
Je craignais le pire.
-Et bien il est à nous.
Après m'être étranglé avec une cuisse de poulet, je dus me rendre à l'évidence : elle ne plaisantait pas, mais c'était Marie-Agnès avec toutes ses extravagances, ce qui la rendait différente des autres femmes. Après tout, cela aurait pu être une gare, un hippodrome, un hôpital. Venant d'elle, plus rien ne m'étonnait.
Dès le lendemain nous étions à pied-d'½uvre en compagnie d'un chef d'entreprise en maçonnerie. Le couvent était en piteux état : rien que pour la toiture il y en avait pour pas moins de 15000 euros, sans parler du reste. Le rêve de Marie Agnès était démesuré, mais papa était là pour que le rêve de sa fille se réalise.
Les trois semaines de vacances passèrent dans la rénovation du couvent, mais je n'étais pas seul, des cousins étaient venus me prêter main-forte, des travailleurs, mais aussi de bons vivants. Il n'y eut pas un soir où je me sois couché sans être éméché, et il fallut une bonne année pour que le couvent reprenne vie, mais le résultat était là. C'était devenu un magnifique endroit, à chaque voûte extérieure des glycines bleu ciel couraient, les murs étaient enduits d'un crépi d'un blanc éclatant. De plus, Marie-Agnès avait la main verte, les pommiers, les cerisiers, ainsi que les péchés avaient pris racine.
Au début la vie était paisible, le calme absolu, même trop absolu. C'est un ami amateur d'oiseaux qui me le fit remarquer : aucun chant d'oiseau, seul parfois le bruit du vent dans les branches. Sur le coup Marie-Agnès et moi n'y prêtâmes pas attention, puis ce même ami me fit cadeau d'un mainate. Le soir venu l'oiseau mourut. ..........

