la Poype des fées

la Poype des fées
La Poype des fées





La famille Robin était en effervescence, car le réveillon de Noël avait lieu chez eux. Jean Pierre et Danielle avaient mis les petits plats dans les grands. Les enfants étaient aux anges : comme le voulait la tradition ils recevraient leurs cadeaux et s'était aussi le seul moment où de l'année ou toute la famille était réunie. 21 heures, Danielle s'affairait aux derniers préparatifs tout en prenant soin de ne pas salir sa robe blanche. Elle était dans la fougue de ses 40 ans, ses yeux marron et rieurs émergeaient dans l'abime de ses longs cheveux noirs, on la disait belle, mais elle se trouvait trop menue trop petite. Jean -Pierre lui incarnait une force tranquille grand gaillard, ancien rugbyman bâti comme une armoire à glace, une virilité apparente, mais qui laissait place à une sensibilité débordante, un film émouvant pouvant lui tirer les larmes des yeux ; c'était ce cocktail de force et de fragilité qui avait séduit Danielle. Ils vivaient heureux et en harmonie avec leurs deux enfants Cloé 5 ans et Kévin 3 ans. La famille fut bientôt au grand complet, 30 personnes au total. Malgré la proposition d'aide de la famille, Danielle et Jean - Pierre voulurent assumer seul le service, un va- et- vient incessant de la cuisine à la salle à manger. Depuis des décennies le rendez-vous de Noël était un rite immuable pour la famille Robin. Cette année il y avait pourtant une innovation, toute la famille était conviée à assister à la messe de minuit donné en l'église de Buellas, petit village de Bresse. Ce serait une pose au milieu du repars, appelée en Bresse le trou normand, une idée qui enthousiasmait les enfants pour la découverte et les grands-parents pour le souvenir, mais qui pour la plupart était la contrainte de quitter la table où le vin coulait en abondance et où les plaisanteries fusaient de part et d'autre. Dans la salle à manger, la douce chaleur que prodiguait l'insert à bois confortait à ce bien-être. Danielle dut pourtant s'y prendre à plusieurs reprises pour que les plus récalcitrants se lèvent de leur chaise. La décision de se rendre à l'église à pied fut retenue, non pour les bienfaits de la marche, mais par crainte d'un contrôle d'alcotest de la gendarmerie. Une fois les 30 âmes habillées, elles traversèrent la cour ; l'église ne se situait qu'à 500 mètres du hameau des Prosts, heureusement car le froid gelait à pierre fendre. Après quelques minutes de marche, on distinguait l'église éclairée par des spots. Des voitures prirent place sur le parking prévu à cet effet. A ce rendez-vous annuel étaient présents les plus fidèles pratiquants, et le curé fut si étonné de constater la présence de toute la famille Robin, qu'il en saisit Jean - Pierre par le bras.
- Que vous arrive-t-il, un malheur est arrivé ?
- He bien monsieur le curé, voyez-vous nous avons vue de la lumière alors on est venu.
- La lumière divine ! Ha ! comme je suis heureux de constater que vous pensez au salut de vos âmes !
Toute la tribu de fidèles attendait sur le perron de l'église que les lourdes portes de celle-ci s'ouvrent, plus pour profiter de la chaleur de l'air pulsé pour certains que par ferveur chrétienne. Danielle tout en fouillant ses poches, interpela soudain Jean-Pierre.
- Tu as pris le porte-monnaie ? moi je n'ai pas un seul euro pour la quête !
Jean-Pierre farfouilla dans les poches de son long pardessus noir, mais en vain ;
- Je vais être obligé de retourner à la maison illico-presto.

Avec sa marche rapide, Jean-Pierre, mit très peu de temps pour rejoindre sa maison. Le déclic de la serrure emplit à lui seul, le silence de la nuit. Une fois à l'intérieur il se précipita dans la salle à manger et pressa l'interrupteur. Il ouvrit un petit secrétaire de chêne et en saisit un porte-monnaie en cuir noir. Il fut en arrêt devant la table dressée et vide de ses invités, une bouteille de Pommard semblait s'offrir à lui.
Le verre fut bu sans vergogne, Jean-Pierre reprit aussitôt le chemin de l'église. Mais en bas du chemin du hameau des Prots, les pleurs d'une femme se firent entendre. Jean-Pierre se dirigea alors dans un chemin de terre bordé de grands arbres. Le faisceau de sa lampe torche fit apparaitre le visage d'une jeune femme étrangement belle, si belle qu'elle paraissait irréelle.
- He bien ! Qu'avez-vous à pleurer de la sorte dans le noir ?
Les yeux de la belle inconnue étaient d'un violet foncé, une couleur que Jean-Pierre n'avait vue chez aucune femme, son vissage était de la blancheur d'un cierge de Pâques, ses lèvres rouges comme une cerise.
- Mon brave, je dois aller à la messe, mais regardez, j'ai perdu une boucle d'oreille.
Jean-Pierre dans les premiers instants ému par tant de grâce fut si troublé qu'aucun son ne put sortir de sa gorge. Il balbutia malgré tout quelques phrases.
- Madame, je vais vous aider à la retrouver, elle ne doit pas être très loin.
La mystérieuse femme lui prit la main, Jean- Pierre hésita un temps à la suivre, l'étrange lui faisant peur. Lorsqu'il sentit la frêle main de l'inconnue dans sa grosse paluche, ceci le rassura. Elle le conduisit à quelques pas dans un champ clos de pieux plantés en terre les uns contre les autres. Jean-Pierre étonné questionna l'inconnue. Il habitait dans le hameau depuis 5 ans, et n'avait jamais aperçu ce champ clos. Elle lui répondit tout en tirant à elle un lourd portail de hauts piquets.
- Voyez-vous, les choses évidentes passent souvent inaperçues.
Jean-Pierre passait de surprise en surprise, du champ entouré de pieux, il pénétrait par une passerelle dans un autre champ qui lui était entouré d'eau et aussi clos de gros piquets de bois, il avait en son centre un monticule de terre où une très petite maisonnette se tenait au sommet. Au fur et à mesure qu'ils gravissaient tous deux le monticule, le jour prenait naissance, quant ils arrivèrent au sommet un soleil resplendissait. Jean - Pierre pensait rêver, du haut de la maisonnette tout était que ravissement. Il demanda ou il se trouvait.
- Tu es au pays des fées, tu es passé de la nuit à la lumière du réel à l'imaginaire, écoute ce bruit lointain c'est celui de l'océan qui rencontre le ciel c'est cette ligne bleu foncé au bout de l'horizon.
- Ce grand arbre là-bas est si blanc qu'il éblouit.
- C'est l'arbre de pureté, seule l'âme d'un enfant le perçoit.
Ils descendirent de l'autre côté du monticule, celui-ci baignait dans un printemps de lumière, Jean-Pierre découvrait un autre monde, des papillons de toutes couleurs dansaient devant lui en propageant des notes de musique. Dans la lumière l'inconnue était encore plus belle, elle dévoila son nom « la fée violette », ce nom lui était prédestiné étant donné le parfum de violette qui émanait d'elle et ses yeux de la couleur de cette fleur. Elle lui apprit que s'était-elle qui la nuit semait les violettes dans les champs et que chaque fleur avait une fée, du doigt elle désigna une fée au loin qui avait pour nom Marguerite, elle était d'une grandeur démesurée, vêtue d'une longue robe blanche et portait sur la tête un large chapeau jaune. Soudain violette rappela le but de la visite qui était de chercher sa boucle d'oreille. Après avoir cherché dans chaque recoin du champ, Violette et Jean-Pierre ne purent la trouver. Cette perte était dramatique pour Violette qui sans ses deux boucles d'oreille perdait tous ses pouvoirs.

Jean-Pierre sentit soudain une gifle sur sa figure, un couple de personnes âgées qui circulait dans le hameau l'avait vu à terre au bord du chemin. L'homme avait décidé de le gifler pour le ranimer.
- Monsieur vous nous avez fait peur, vous avez dû avoir un malaise.
- Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai dû faire quelques excès de table.
Jean-Pierre se releva en assurant qu'il allait mieux, en prenant appui sur sa main il sentit un objet, il tenait une boucle d'oreille sertie de pierre violette. Il la mit dans sa poche sans trop comprendre ce qu'il lui était arrivé, dans le champ aucun clos de piquets n'existait. il en déduit qu'il avait pris un chaud et froid en sortant de la maison qui l'avait conduit à un léger malaise. Mais quel magnifique rêve il avait fait. La présence de Violette était en lui comme un souvenir impérissable. Il rejoignit l'église où sa famille s'inquiétait de son absence. La messe finie Jean- Pierre sentit une main sur son épaule.
- Monsieur je crois que vous avez quelque chose qui m'appartient.
Il fut surpris et émerveillé à la fois, Violette était là, mais bien humaine habillée comme une femme mondaine, son parfum de violette était sa signature. Jean-Pierre sortit de sa poche la boucle d'oreille qu'il avait trouvée. Elle la prit et partit sans un mot en direction du champ où elle disparut peu à peu dans la nuit.

La légende de la poype des fées est réelle. La poype se situait dans le village de Buelleas au hameau des Prost. Elle a été reconstituée en contrebas du village. Voici ce que dit la légende.

Les habitants du pays disaient que des fées faisaient leur demeure sur cette poype, qu'elles allaient à la messe à l'église, et que l'on reconnaissait dans les chevrières la trace de leur sentier de messe, le chanvre y était jaune ».

Thierry Ferrand

# Posté le mercredi 28 octobre 2009 16:00

Modifié le vendredi 30 octobre 2009 15:39

Nouvelle L'arbre généalogique

Nouvelle L'arbre généalogique
L'arbre généalogique




Du haut de l'immeuble du 25 rue Charles Robin, dans sa chambre meublée, Janus, un jeune homme de 28 ans aux cheveux longs et bruns, jeta un coup d'½il furtif au travers du carreau de sa chambre. La camionnette de La Poste était garée dans la rue. Soudain, le carillon tinta, et Janus comprit aussitôt que le facteur devait lui remettre une lettre recommandée ou un colis postal.
- Bonjour Monsieur, j'ai un colis pour vous.
- Je n'ai rien commandé ces temps-ci... Tiens, Office notarial des Allimes.
- Signez-là. OK, à la prochaine !
Le colis intriguait Janus. A l'intérieur de celui-ci, un gros livre recouvert de cuir noir et une lettre. Janus s'empressa de la lire.

VEUILLEZ TROUVER UN OUVRAGE FAISANT PARTIE DE L'HERITAGE DE VOTRE ONCLE PAUL MARTIN. IL EST CONVENU DANS UN DOCUMENT ECRIT DE SA MAIN QU'IL VOUS REVIENT DE DROIT. Henri Carle, Notaire.

L'ouvrage en question était en réalité un livre de comptes qui comportait des dizaines de milliers de chiffres accolés les uns aux autres, comme un chiffre sans fin. Janus avait le souvenir de cet oncle qui passait le plus clair de son temps dans les cimetières pour relever les dates de naissances et de décès sur les tombes. Et qui, le soir venu, alignait ces chiffres pour leur trouver une signification. Dans le village, on le surnommait le « croque-mort ». Son épouse en souffrait beaucoup. Pourtant, Janus gardait un souvenir impérissable de cet homme à l'intelligence remarquable. A l'intérieur du livre de comptes, une large feuille était pliée en quatre. Janus la déplia avec délicatesse. Elle représentait l'arbre généalogique de la famille, avec une particularité : deux dates figuraient au-dessus de chaque nom, celle de la naissance et celle du décès. Rien de plus normal pour un arbre généalogique, à la seule différence que sous le nom des gens encore vivants figurait... une date de décès. Janus sourit, car son oncle lui prédisait une fin très proche.

Les jours passèrent sans que Janus ne prêtât attention à cet événement, jusqu'à ce que son intérêt fût piqué au vif un soir.
- Allô ! Janus ? La tante Berte est morte hier soir...
- Maman, elle est morte de maladie ? De quelle façon ?
- Un cancer des os qu'elle traînait depuis dix ans. A quatre-vingt-dix ans, ça devait arriver...
- Je vais essayer de me libérer jeudi après-midi.
Plus par amusement que par curiosité, il vérifia alors l'arbre généalogique de son oncle. La date de décès mentionnée pour sa tante Berte était le 4 avril 2009. On était aujourd'hui le 5... Un froid glacial lui parcourut l'échine, lui qui avait pourtant un raisonnement cartésien puisqu'il était professeur de mathématiques. Il remit ses longs cheveux noirs en place, nettoya ses lunettes rondes avec son mouchoir, puis en conclut finalement que tout cela était sans doute dû au hasard.
La dernière semaine de juin annonçait la fin des cours. Ce jour-là, les rues piétonnières de Bourg-en-Bresse regorgeaient de passants de différentes nationalités. Janus aimait, lorsqu'il sortait de son lycée Lalande, flâner dans ces ruelles moyenâgeuses où son regard se perdait parfois dans le bleu des yeux d'une belle Hollandaise de passage. Il était beau, mais n'avait pas encore trouvé l'âme s½ur. La chaleur ce jour-là était torride, et Janus ne put résister en passant (place des Bons Enfants) à l'appel d'un bon demi d'une bière mousseuse et bien fraîche. Son attention fut attirée par un journal que tenait un consommateur en face de lui. Il mentionnait un très grave accident survenu la veille dans un village à proximité de Bourg-en-Bresse. Janus demanda s'il pouvait lire l'article.
- Vous permettez, Monsieur ? Je crois connaître les personnes accidentées.
- Pas de problème, Monsieur.
L'article mentionnait dans cet accident la mort de Jean Martin et l'état très grave de sa femme Jacqueline. Janus rendu le journal, les yeux perdus dans le vide.
- Ce sont des gens que vous connaissez ?
- Ce sont mes cousins... Merci pour le journal.
- Mais de rien.
Janus reprit son chemin, marchant comme un somnambule, perdu dans ses pensées. Et si l'arbre généalogique avait prévu la mort de son cousin ? Il accéléra le pas jusqu'à son appartement. Janus fixa le livre noir de son oncle posé sur le rebord d'une commode, comme un grimoire rempli de sortilèges. Un dilemme s'imposait à lui : devait-il le jeter aux ordures pour ne pas savoir, ou savoir et vivre dans l'angoisse de la mort ? Son esprit scientifique prit le dessus et il déplia la feuille où se trouvait l'arbre généalogique. Celui-ci mentionnait la mort de son cousin, Jean Martin, le 3o juin 2009, et celle de sa cousine le 1er juillet 2009. Janus se sentit tout à coup anéanti et resta prostré sur sa chaise. Son oncle avait fait une découverte mathématique qui lui permettait de calculer la date de la mort de chaque individu. Tous ses calculs étaient contenus dans le livre noir. Mais bien que professeur de mathématiques, Janus ne comprenait pas pour autant le sens de tous ces chiffres alignés. Une phrase lui revint en tête, lorsque son oncle Paul, regardant l'immensité du ciel étoilé, lui avait déclaré : « Petit, dans l'univers, le hasard n'existe pas. Dieu est une équation et nous en somme le résultat final... »
Ces propos prenaient aujourd'hui tout leur sens. Le surlendemain, la mort de sa cousine - le 1er juillet 2009 -, était annoncée dans la rubrique nécrologique, ce qui conforta la découverte de l'oncle Paul. Le prochain décès sur la liste était celui de Janus lui-même... le 6 juillet 2009. Janus se morfondait sur son sort. Il ne lui restait que 5 jours à vivre. Tout semblait se bousculer dans sa tête, et surtout la façon dont il allait mourir. Allait-il être fauché par une voiture ? Succomber à une crise cardiaque ? Périr dans un attentat ? Une épée de Damoclès était suspendue au-dessus de sa tête...
Le fait de traverser la rue le tétanisait, passer sous une enseigne devenait un exploit. Trois jours avant la date présumée de sa mort, Janus décida de passer un examen médical approfondi au centre hospitalier de Viriat, proche de Bourg-en-Bresse. Mais rien dans les examens ne permettait de déceler la moindre anomalie, à part le fait que Janus était angoissé et fragile nerveusement. Il ne lui restait plus qu'à attendre la mort bien sagement, cloîtré chez lui. Là, au moins, on ne le retrouverait pas écrasé comme une crêpe bretonne sur le bitume. La journée du 5 juillet touchait à sa fin, et Janus avait les yeux rivés sur les aiguilles de la pendule de sa chambre. Dans le meilleur des cas, il ne lui restait que 24 heures à vivre d'après la prédiction de son oncle. Chaque minute qui passait semblait une éternité. Voir le soleil se lever encore une fois... Il réalisait toute l'importance de la vie. Toutes ces choses qui lui paraissaient si banales prenaient maintenant toutes leurs dimensions.
7 heures. Les rayons du soleil inondaient la rue Charles Robin. Janus décida de vivre ses dernières heures à flâner dans la ville plutôt que de s'isoler en attendant sa mort. Son étouffante angoisse se métamorphosa en une extraordinaire envie de vivre. Le simple fait de respirer l'air à pleins poumons, de regarder une fleur et de la sentir lui apparaissait comme un miracle. Chaque minute de vie devenait un cadeau du Ciel. Il resta un long moment à contempler la Reyssouse qui s'écoulait sous le vieux pont de pierres, comme s'il la voyait pour la première fois. Une odeur de croissants chauds flottait dans l'air. Il entra dans la pâtisserie et se goinfra de cinq croissants devant la vendeuse.
- Je vous dois combien, Mademoiselle ?
- Deux euros cinquante. Vous n'avez rien mangé depuis quinze jours pour engloutir tous ces croissants à cette vitesse ?
Non loin de là, rue Maréchal Foch, une vieille dame à la démarche lente et assurée passa devant lui. Leurs regards se croisèrent. Elle lui sourit comme si elle avait compris que Janus en était aux derniers instants de sa vie. Puis en apercevant la cathédrale Notre-Dame, il fut pris d'un vif désir de pénétrer à l'intérieur. Des cierges étaient déposés sur chaque autel. La pénombre l'angoissa de nouveau, il pensa aussitôt à Lourdes. Dieu lui accorderait peut-être un miracle. Il sortit quelques pièces de sa poche et les introduisit dans le tronc, sous la statue de Saint Pierre, en jurant intérieurement que s'il était encore vivant le lendemain, il viendrait chaque dimanche matin à la messe et y donnerait son obole.
Les heures passèrent. Janus les occupa dans des bars qui le conduisirent à une fontaine de fonte vert foncé, Place Bernard. Il s'assit un instant sur un banc, les odeurs de cuisine de l'hôtel de France lui flattèrent les narines. Sur un banc, en face de lui, un SDF ajustait du mieux qu'il pouvait son pardessus. Janus lui proposa de lui tenir compagnie en l'invitant à prendre place à la terrasse du restaurant.
- Eh bien ! Ou t'as gagné au Loto, ou t'as perdu ta belle-mère !
- C'est mon dernier jour en ce monde, je ne veux pas manger seul...
Janus ne lésina pas sur le prix du menu et fit servir les meilleurs crus. L'alcool anesthésiait peu à peu sa peur de mourir et lui faisant perdre jusqu'à la notion du temps.
L'après-midi ne fut pas une traversée du désert, mais celle des bars de Bourg-en-Bresse avec son ami d'un jour. À la nuit tombée, ils étaient assis sur les marches de la cathédrale Notre-Dame lorsque les douze coups de minuit retentirent. On était le 7 juin... et Janus avait survécu. Il rejoignit son appartement avec l'aide de son ami.
Le lendemain matin, la musique de son radio-réveil le tira de son sommeil. Janus se remettait tant bien que mal de sa tournée des grands-ducs de la veille. Le moindre bruit de la rue était pour lui comme des coups de marteau-piqueur. Malgré tout, il était soulagé d'un poids immense. Il jeta un regard sur le grand livre noir de son oncle Paul. Il s'en saisit et le fit brûler dans une ancienne cheminée qui n'était là que pour donner du cachet à l'appartement, mais qui fonctionnait encore. Il songeait, tout en voyant l'ouvrage brûler, que les hommes ne devaient pas connaître leur destin. Pourtant, cette mésaventure lui avait apporté une nouvelle philosophie sur la vie, un enrichissement personnel. Il vivrait chaque jour comme si c'était le dernier, avec la curiosité d'un nouveau-né.
Quelques jours passèrent. Un matin où il avait décidé de flâner, il croisa de nouveau le regard de la vieille dame qu'il avait aperçue le matin de son présumé dernier jour. Elle traînait misérablement deux gros sacs de provisions.
- Bonjour, Madame ! Je peux vous aider ?
- Vous êtes bien brave, jeune homme.
La vieille dame habitait dans une rue voisine, au rez-de-chaussée, et sa porte d'entrée était devenue grise sous l'action du temps. Même au mois de juillet, une tiédeur envahissait les lieux. Janus posa les deux sacs sur la toile cirée percée d'une table de cuisine. Son regard fut attiré par une horloge murale qui indiquait 9 heures. Janus consulta aussitôt sa montre : elle affichait 10 heures.
- Ne faites pas attention. Vu ma petite taille et mon âge, je reste à l'heure d'hiver. Ça m'évite d'avoir à grimper sur une chaise.
Il lui proposa de la mettre à l'heure, service qu'elle refusa en prétextant qu'elle était habituée. Soudain, un déclic eut lieu dans l'esprit de Janus : il était né le premier dimanche novembre, le dimanche 1 novembre 1981 à 00 h 01, l'instant où l'on passe à l'heure d'hiver en enlevant une heure. Un paramètre que son oncle n'avait pas pris en compte dans ses calculs machiavéliques...

Le changement d'heure date du premier choc pétrolier de 1974, il fut effectif en 1975. La prédiction était donc l'heure d'été...juste pour toutes les personnes nées avant 1975, où à l'heure d'été ...

Thierry Ferrand
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# Posté le mercredi 28 octobre 2009 15:46

Modifié le vendredi 30 octobre 2009 15:39

Copyright France roman protégé

Copyright France roman protégé
Roman (L' ombre d'une âme) tiré de la nouvelle ( Le couvent) publiée ce mois-ci dans la revue(Au fil des pages n°15) vente à LA PLUME EDITION lien




" L'Ombre d'une âme "





Résumé : La rencontre de Pierre et Marie-Agnès tient du conte de fées. Très vite, les étudiants amoureux envisagent la vie à deux, et le jeune homme fait bientôt partie de sa belle-famille bourgeoise. Mais depuis la visite d'un vieux couvent qu'ils ont l'intention de rénover, leur histoire d'amour titube. Hallucinations, somnambulisme... leur quotidien dérape peu à peu mais ne les empêchera pas d'acquérir la propriété. Lorsque les travaux mettent à jour un tombeau mérovingien datant du quatrième siècle, ils sont encore loin de se douter qu'il ne s'agit que de la partie visible de l'iceberg...







Critique : Entre chronique du couple et récit de possession, « L'Ombre d'une âme » distille le doute en malmenant autant ses lecteurs que ses personnages, oscillant constamment entre fantastique et quotidien, rêve et cauchemar. Une frontière ténue dont joue habilement Thierry Ferrand pour mieux nous déstabiliser.

Sortie prochaine aux éditions Aparis en librairie et sur internet.


















# Posté le vendredi 04 septembre 2009 07:35

Modifié le samedi 24 octobre 2009 00:15

Aperçu de mon roman "Le mystère de Gerland" sur le site Decitre par Google

Aperçu de mon roman "Le mystère de Gerland" sur le site Decitre par Google
Lire des extraits sur Google

ici

EXTRAIT DU ROMAN SUR SITE DE L'EDITEUR
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# Posté le samedi 21 mars 2009 01:38

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 01:50

Merci pour ton courrier Lynda

Merci pour ton courrier Lynda
Photo de Lynda Lemay qui est en tournée en France

# Posté le mercredi 25 février 2009 00:20